Au cœur du paysage vallonné du Hurepoix, territoire rural autrefois marqué par l’activité des moulins – d’où le nom de Chalou-Moulineux – se dresse l’église Saint-Aignan, rare témoin de l’art roman en Île-de-France. Consacrée à saint Aignan d’Orléans, évêque qui joua un rôle décisif lors du siège d’Orléans par Attila en 451, elle fut d’abord construite au XIᵉ siècle, puis agrandie au XIIIᵉ. Romane dans son style dominant, elle conserve une nef aux murs épais et aux ouvertures étroites, ainsi qu’un portail roman authentique, en plein cintre, aux piédroits anciens, qui rappellent la sobriété et la force de l’architecture religieuse médiévale.
L’histoire de l’église est étroitement liée à celle du domaine de Chalou Saint-Aignan, possession royale au XIIᵉ siècle appartenant à Adèle de Champagne, mère de Philippe Auguste. En 1183, la reine offre les terres de Chalou aux Templiers ; la donation est confirmée la même année par Philippe II Auguste et par le pape Clément III. En 1185, l’église est re-consacrée et intégrée à la commanderie, alors appelée « Chalou la Reine ». Elle devient la chapelle de la commanderie, bénéficiant de la protection et des ressources de l’ordre du Temple. Après la suppression de l’ordre en 1312, la commanderie passe aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, futurs chevaliers de Malte, et prend le nom de Commanderie de l’Estampois.
Assurant la présence religieuse pendant des siècles, Templiers puis Hospitaliers ont profondément marqué la vie spirituelle du lieu. Aujourd’hui rattachée au diocèse d’Évry-Corbeil-Essonnes et intégrée à la paroisse de l’Étampois Sud-Essonne, l’église Saint-Aignan accueillait des messes ponctuelles avant les travaux récents. Classée Monument historique depuis 1926, elle demeure l’un des édifices romans les plus précieux de la région. Une restauration lourde est programmée pour 2026, centrée sur la charpente et la couverture, afin de préserver cet héritage roman exceptionnel et d’en assurer la transmission.